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Le sénateur Plett célèbre le 150e anniversaire du Manitoba à la Chambre haute

Le 1er décembre 2020 (Ottawa, ON) – L’honorable Don Plett, leader de l’opposition au Sénat, a émis la déclaration suivante :

Qu’il attirera l’attention du Sénat sur le 150e anniversaire de la province du Manitoba.

— Honorables sénateurs, c’est un plaisir pour moi de prendre la parole aujourd’hui pour attirer l’attention du Sénat sur le 150e anniversaire de la province du Manitoba. Il y a 150 ans, le Manitoba est devenu la cinquième province du Canada et la seule province à rejoindre la Confédération sous un leadership autochtone. À l’époque, le Manitoba était connu comme la province « timbre-poste » parce qu’elle n’occupait qu’une petite surface carrée 1/18 de sa taille actuelle. Ce n’est qu’en 1881 que ses frontières ont été modifiées pour devenir ce qu’elles sont aujourd’hui. Comme quoi il ne faut jamais sous-estimer les débuts modestes. Au cours des 150 années qui ont suivi, les Manitobains ont fait preuve de résilience face aux difficultés ainsi que d’ingéniosité pour relever les défis et la province est devenue reconnue pour son leadership et ses réussites dans de nombreux secteurs.

Cette année, nous invitons tous les Canadiens à découvrir non seulement l’histoire de la province, mais aussi sa beauté, à rencontrer ses habitants et à découvrir sa culture. À mon avis, le Manitoba illustre parfaitement les valeurs de diversité et d’unité sur lesquelles le Canada a été fondé et dont dépend notre avenir.

Le Manitoba a su surmonter les conditions difficiles qui l’ont vu naître pour devenir, à force de persévérance, la figure phare qu’il représente aujourd’hui. Il est donc quelque peu singulier que les célébrations de son 150e anniversaire aient été interrompues par le plus grand défi sanitaire du siècle : la pandémie de COVID-19. En effet, en raison de celle-ci, le Manitoba a dû mettre en pause toutes les festivités jusqu’à 2021. Malgré le report des activités, la fierté de tous Manitobains, elle, continue de s’exprimer sans interruption.

Honorables sénateurs, il est beaucoup trop facile d’insister sur les lacunes du passé et de faire fi des multiples réalisations sur lesquelles s’est construite la société actuelle, de même que d’oublier les nombreux sacrifices consentis pour faire en sorte que tous les Canadiens puissent avoir une vie et un avenir meilleurs. Les Manitobains, et bien sûr tous les Canadiens, ont bien des choses à célébrer.

Je crois fondamentalement que l’histoire et les réalisations du Manitoba devraient être célébrées en raison des occasions qu’elles ont créées pour tous ceux qui y habitent. Cela ne s’est pas fait sans peine, puisque les gens ne partageaient pas toujours la même vision de l’avenir. Cependant, de ces luttes souvent très douloureuses, de meilleures possibilités ont émergé.

Dans les toutes premières tentatives visant à fonder une province dans la vallée de la rivière Rouge, l’objectif fondamental était de fournir des possibilités aux gens qui y vivaient. Le mouvement que Louis Riel, fondateur du Manitoba, a dirigé de 1869 à 1870 visait à donner aux Métis de la rivière Rouge, de même qu’à tous les habitants de la région, la maîtrise de leur destin. Nous savons que les événements historiques entourant l’entrée du Manitoba dans la Confédération comportent de nombreux malentendus ainsi que des épisodes très douloureux. Ce ne fut pas une période facile. Néanmoins, si l’on regarde l’expérience des 150 dernières années, les Manitobains célèbrent aujourd’hui le rôle crucial que Riel a joué dans notre histoire. Aujourd’hui, Louis Riel est considéré comme le fondateur du Manitoba, et le jour de Louis Riel est un jour férié dans ma province.

Tout comme la fondation du Manitoba s’est accompagnée de conflits et de vives divergences d’opinions, l’évolution de la province depuis lors n’a pas non plus été exempte de luttes politiques et de débats houleux. La question des écoles du Manitoba est l’un des événements charnières qui ont eu une incidence durable. La crise a éclaté quand le gouvernement libéral provincial, élu en 1888, a aboli le système scolaire dualiste en place depuis la fondation de la province pour créer plutôt un système scolaire non confessionnel. Le financement des écoles catholiques a été éliminé, et la loi exigeait que l’enseignement se fasse uniquement en anglais. Cette mesure — à laquelle se sont opposés les conservateurs, en passant — a créé de profondes divisions au Manitoba, ainsi que partout au pays.

Non seulement la minorité francophone a été touchée, mais d’autres minorités l’ont été aussi, y compris ma propre communauté mennonite. Les communautés qui jouissaient d’une indépendance pour leur système d’éducation jusqu’à ce moment fatidique ont perdu ces droits. Cela a causé de profondes divisions et s’en est suivi le soi-disant compromis qui fut plus tard négocié entre le gouvernement libéral provincial et le gouvernement libéral fédéral, à Ottawa, après 1896, ce qui n’a pas réglé le problème.

Toutefois, le plus important fut la résilience de la population qui a permis à la province de continuer d’évoluer. Les communautés qui avaient été durement et injustement affectées par la Loi sur les écoles du Manitoba ont survécu. Ultimement, elles se sont rétablies et ont prospéré. Ultimement, ces mêmes communautés ont contribué à créer des possibilités pour elles-mêmes, mais aussi pour l’ensemble de la province.

L’événement de la grève générale de Winnipeg en 1919 témoigne d’une résilience semblable. Cette expérience a aussi laissé des traces douloureuses, mais, ici aussi, l’épreuve a uni les travailleurs et contribué à donner des ailes au mouvement ouvrier, au Manitoba et ailleurs au Canada. La grève générale de Winnipeg était influencée par des circonstances qui se déroulaient ailleurs dans le monde, à cette époque. Il n’est pas surprenant que de nombreuses personnes aient réagi à la grève par peur de ces circonstances.

Toutefois, la leçon qui a finalement été tirée porte sur la façon d’équilibrer et de protéger les droits des travailleurs dans une économie libre. La manière dont cela s’est produit et la nature de l’équilibre qui a été trouvé ont formé ma province et son caractère. Ces grands événements, ainsi que les difficultés et les débats quotidiens plus modestes, ont permis d’établir une culture politique grâce à laquelle les Manitobains de tous les milieux, de toutes les ethnies et de tous les points de vue politiques ont pu s’atteler collectivement à la grande tâche de bâtir leur province et leur pays. C’est peut-être pourquoi les Manitobains ne se sont jamais dérobés à leurs responsabilités de rendre service à leur pays.

L’ampleur du sacrifice que les habitants du Manitoba ont fait pour leur pays est illustrée par le fait que plus de 4 200 lacs dans la province portent aujourd’hui le nom de Manitobains qui sont tombés au combat, c’est-à-dire des personnes qui sont décédées pendant la Première Guerre mondiale, la Seconde Guerre mondiale, la guerre de Corée et, plus récemment, le conflit en Afghanistan. Cette tradition de donner aux lacs du Manitoba le nom des nombreux soldats morts au combat a commencé en juillet 1947, lorsque 25 lacs dans le Nord-Ouest de la province ont été nommés en l’honneur de 26 soldats et aviateurs décorés qui sont morts au service de leur pays. L’ampleur de ce sacrifice est évidente dans les histoires individuelles. L’un des lacs, le lac Two Tod, aussi connu sous le nom de lac Tod, est nommé en l’honneur de frères jumeaux décédés pendant la Seconde Guerre mondiale.

Beaucoup de choses nous rappellent les sacrifices qu’ont faits les Manitobains. À Winnipeg, il y a maintenant « Valour Road », ou chemin de la bravoure, ainsi désignée parce que trois récipiendaires de la Croix de Victoria y ont habité avant la Première Guerre mondiale. Extraordinairement, Robert Shankland, Leo Clarke et Frederick Hall ont tous les trois reçu la Croix de Victoria pendant la Première Guerre mondiale. Ils ont tous les trois habité la rue Pine, qui a été rebaptisée « Valour Road ».

Seulement 99 Canadiens ont reçu la Croix de Victoria depuis qu’elle a été instituée au milieu du XIXe siècle. Dix-sept parmi eux, c’est-à-dire près d’un récipiendaire sur cinq, étaient des Manitobains. Cela témoigne des sacrifices que les Manitobains ont consentis pour leur pays.

Un autre récit de sacrifice est l’histoire de Thomas George Prince, un Ojibwé du Manitoba qui s’est enrôlé dans l’armée pour servir son pays durant la Seconde Guerre mondiale. Il a mérité la Médaille militaire en Italie et l’American Silver Star. Il a été décoré par le roi George VI au palais de Buckingham. À mon avis, cela aurait été une excellente idée de lui rendre hommage en le faisant paraître sur le billet de 5 $, et nous avons été nombreux à lancer une campagne à cette fin. Malheureusement, il n’a pas été sélectionné pour la liste restreinte, mais son vaillant sacrifice ne sera jamais oublié par les Manitobains.

Les Manitobains ont toujours fait preuve de persévérance devant les difficultés, qu’elles soient d’origine humaine ou naturelle. L’année où je suis né, le Manitoba a connu les grandes inondations de 1950. À Winnipeg, l’eau a atteint son plus haut niveau le 14 mai, le jour de ma naissance. Cent mille résidants de Winnipeg ont dû être évacués, soit la plus grande évacuation massive de l’histoire canadienne. Même l’hôpital dans lequel ma mère et moi nous trouvions était menacé et nous avions dû être évacués vers un autre hôpital. Selon ce qu’on raconte, nous avions été transportés à l’autre hôpital par bateau et on s’est demandé par la suite si on devait m’appeler Don ou Moïse.

Dans la seule ville de Winnipeg, environ 10 500 maisons ont été détruites et 5 000 immeubles ont été endommagés. Dans toute cette catastrophe, les Manitobains se sont entraidés, pour lutter contre les inondations, pour reconstruire et, enfin, pour empêcher que des dégâts d’une telle ampleur puissent se reproduire.

C’est le premier ministre provincial Duff Roblin qui a piloté l’aménagement du canal de dérivation de la rivière Rouge. Le projet d’excavation du canal a fini par être connu sous le nom du « fossé de Duff ». Il s’agissait du deuxième projet de terrassement en importance dans le monde, derrière le canal de Panama et de plus grande envergure que l’excavation du canal de Suez. Depuis son ouverture en 1968, ce canal a permis d’empêcher que des dégâts causés par des inondations de ce genre ne se reproduisent. Après les inondations du Manitoba de 1997, le canal a été agrandi et il peut aujourd’hui accepter presque 4 000 mètres cubes d’eau par seconde.

Les Manitobains ont prouvé qu’ils formaient un peuple solide et résilient. Nous avons dû l’être pour faire notre vie dans ce qui est certainement une terre magnifique, mais une terre pouvant s’avérer dure et impitoyable.

Bien entendu, les Autochtones ont vécu dans cette région depuis des milliers d’années, et ont appris à composer avec cette réalité. La présence des peuples autochtones au Canada remonte à environ 10 000 ans, peu après la fonte des derniers glaciers. Au fil du temps, des Ojibwés, des Cris, des Dénés, des Sioux, des Mandans et des Assiniboines se sont installés dans cette région. Ces peuples autochtones étaient résistants et ingénieux, et ils ont été capables de survivre à des hivers rigoureux. Ils faisaient du commerce entre eux afin de créer une vie meilleure pour leurs communautés. On pense que la région du parc provincial du Whiteshell, au Manitoba, a pu être un carrefour où les peuples autochtones originaires du pourtour des collines Turtle venaient faire du commerce, apprendre, et partager leurs connaissances.

Lorsque les Européens ont commencé à arriver en Amérique dans les années 1600 et que le commerce des fourrures a commencé à s’étendre plus à l’ouest dans les années 1700, le lac Winnipeg est devenu un carrefour important pour les routes commerciales. Les peuples autochtones ont joué un rôle clé dans ces échanges commerciaux, qui ont donné lieu à la fois à des opportunités économiques, mais également à de violents affrontements.

Lorsque la province a été fondée en 1870, on lui a donné un nom tiré de son héritage autochtone. En effet, le mot « Manitoba » serait issu de plusieurs langues autochtones, dont le terme cri manitou-wapow, le terme ojibwe manidoobaa, et le mot assiniboine minnetoba.

Pour une province où le climat peut être rude, le Manitoba a su attirer plus de groupes diversifiés que presque n’importe quel autre endroit au monde. Selon le recensement canadien de 2006, plus de 200 groupes ethniques forment la population diversifiée de cette province. Les Manitobains célèbrent cette diversité chaque année dans le cadre de festivals comme Folklorama et de nombreuses fêtes individuelles organisées par les différentes communautés. La diversité de la population reflète les possibilités que tant de gens ont vues et continuent de voir dans ma province. Elle témoigne de la force tant du Manitoba que du Canada.

Je crois aussi que cette diversité a généré de l’énergie, ce qui permet d’expliquer les talents dans divers domaines que le Manitoba a produits au fil des décennies. Neil Young, Burton Cummings et les Guess Who, Randy Bachman et Tom Cochrane. Ce ne sont là que quelques-uns des excellents artistes originaires du Manitoba qui ont contribué à sa scène culturelle dynamique.

Le Manitoba a créé des institutions culturelles de renommée mondiale. Le Ballet royal de Winnipeg est connu dans le monde entier, tandis que le Royal Manitoba Theatre Centre sert de modèle aux théâtres régionaux à l’échelle du Canada et des États-Unis.

Le Musée des beaux-arts de Winnipeg possède la plus grande collection mondiale d’art inuit contemporain, tandis que le théâtre français de Winnipeg — et je sais que je vais mal prononcer son nom —, le Théâtre Cercle Molière... Est-ce que ma prononciation était passable, sénatrice Gagné? Oui. Merci. Il s’agit du plus ancien théâtre français encore en activité au Canada.

Le Musée canadien pour les droits de la personne est le premier musée du monde consacré aux droits de la personne et le tout premier nouveau musée national à être situé à l’extérieur de la région de la capitale nationale.

Les Manitobains excellent aussi dans les sports. Le monde entier connaît les patineuses de vitesse Susan Auch, Clara Hughes et Cindy Klassen. La joueuse de curling Jennifer Jones a remporté l’or pour le Canada en 2014 et est reconnue dans son sport. Elle a participé 15 fois au Tournoi des cœurs de Scotties, un tournoi national, et elle a remporté les Championnats du monde à six reprises représentant le Canada.

Jeff Stoughton a remporté trois championnats canadiens de curling et deux championnats du monde.

Je ne pense pas qu’on puisse assister à un match des Jets de Winnipeg sans se laisser emporter par l’enthousiasme et l’amour que les Manitobains manifestent envers leur équipe.

Le parcours des Blue Bombers de Winnipeg comprend le nombre le plus élevé de participations à la coupe Grey — plus que la Saskatchewan. Ils ont tenté de s’emparer de ce trophée tant convoité à 25 reprises et y sont arrivés 11 fois.

De nombreux citoyens du Manitoba ont aussi beaucoup apporté au monde. On dit de Baldur Stefansson — appelé le « père du canola » — qu’il a changé le visage des Prairies.

Arthur DeFehr, le fondateur de Palliser Furniture, a bâti une entreprise reposant sur l’éthique chrétienne et qui compte parmi les plus grands fabricants canadiens de meubles.

Monty Hall, originaire de la partie nord de Winnipeg, est venu à être connu de tout le monde en Amérique du Nord comme l’animateur de « Let’s Make a Deal ».

Sir William Stephenson a mené les opérations d’espionnage contre l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale et a inspiré le personnage de James Bond.

Notre Murray Sinclair, originaire de Selkirk, au Manitoba, a été une inspiration pour son peuple, pour les Manitobains et pour l’ensemble des Canadiens.

Ils sont littéralement trop nombreux pour tous être mentionnés. Les contributions des Manitobains ont permis à leur province, à leur pays et au monde entier de devenir un endroit meilleur.

Les Manitobains ont toujours été un peuple qui regarde vers l’avant plutôt que vers l’arrière. À l’heure actuelle, les Manitobains, comme le reste du Canada et du monde, affrontent un nouveau défi résultant d’une pandémie mondiale qui met à l’épreuve notre capacité collective à persévérer dans l’adversité. Mais comme lors de la pandémie de grippe espagnole il y a un siècle, ce nouveau défi sera lui aussi relevé. Les collectivités du Manitoba, comme celles de tout le Canada, travaillent ensemble pour aller de l’avant, comme elles l’ont toujours fait. Voilà, après tout, l’essence même du Canada.

Le rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones, présenté il y a 25 ans, contenait le passage suivant :

Le Canada est le terrain d’essai d’une noble idée — l’idée selon laquelle des peuples différents peuvent partager des terres, des ressources, des pouvoirs et des rêves tout en respectant leurs différences. L’histoire du Canada est celle de beaucoup de ces peuples qui, après bien des tentatives et des échecs, s’efforcent encore de vivre côte à côte dans la paix et l’harmonie.

Il s’agit en effet de l’histoire du Canada et celle de ma province, le Manitoba.

Lorsque mon peuple, les mennonites, s’est rendu au Manitoba dans les années 1870, il a tout abandonné et s’est accroché à cet espoir. Les mennonites qui ont immigré au Manitoba plus tard, dans les années 1920, ont vu des membres de leurs familles assassinés devant leurs yeux. On leur avait tout pris — leurs terres et tous leurs biens. Au Canada et au Manitoba, ils ont trouvé la liberté et la paix. Ils y ont aussi trouvé des possibilités intéressantes et la prospérité. C’est ce qui les avait attirés et c’est ce qui les a amenés à rester. Le Canada et le Manitoba demeurent attrayants parce qu’ils sont porteurs d’espoir pour les peuples du monde entier.

Aujourd’hui, chers collègues, je vous invite à vous joindre à moi pour célébrer le 150e anniversaire du Manitoba. C’est l’occasion de commémorer ce qui a été accompli et de travailler fort pour que les 150 prochaines années soient encore meilleures. Merci.

 

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